9. Les molécules du bonheur

Introduction

Voici d’abord une définition du bonheur, selon l’encyclopédie en ligne Wikipedia : « Le bonheur est un état ressenti comme agréable, équilibré et durable par quiconque estime être parvenu à la satisfaction de ses aspirations et désirs et éprouve alors un sentiment de plénitude et de sérénité ».

En fait, il s’agit d’une notion extrêmement complexe qui dépend non seulement de chaque individu, mais aussi de tous ceux qu’ils l’entourent, de son environnement, de son histoire, de sa condition physique et mentale, etc.

Dans la pratique, toutes ces conditions influencent notre organisme qui produit continuellement des composés chimiques (hormones ou autres) qui génèrent des signaux au cerveau, que nous percevons comme agréables ou douloureux. Ces signaux nous incitent à poser des gestes comme nous nourrir, nous reproduire ou nous défendre ou encore à éviter des situations à risque.

Toutes les espèces animales vivantes aujourd’hui sont continuellement guidées par la recherche d’un plaisir ou l’évitement de la douleur, donc en quelque sorte « la recherche du bonheur ». C’est donc le mécanisme naturel de survie des espèces. Par exemple, les signaux de la faim (douleur) et l’espoir du plaisir à déguster et à être rassasié nous incitent à trouver la nourriture et à manger. La sensation de satiété est perçue comme plus agréable que la faim. Mais que vient faire la chimie là-dedans?

Neurotransmetteurs

Notre corps possède des glandes qui sont comparables à des usines chimiques. Elles fabriquent et emmagasinent toute une série de composés chimiques appelés hormones dont plusieurs sont d’une grande complexité. Parmi ces substances, on retrouve des neurotransmetteurs. Sans aller trop dans les détails, disons que ces composés permettent à des informations de passer d’une cellule nerveuse (neurone) à une autre, ce qui leur permet de cheminer dans le cerveau, contrôlant ainsi nos perceptions. Dans le présent article, nous verrons quelques-unes des molécules qui sont responsables des sensations qui nous poussent à la recherche du bonheur.

Une hormone que nous connaissons bien est l’adrénaline, qui est sécrétée lors d’un état de stress par le système nerveux ou par les glandes surrénales. Cette hormone fait augmenter la fréquence cardiaque, ce qui stimule la production d’énergie, nous permettant de faire face à un danger ou fuir. Dans ce cas-ci, il ne s’agit pas directement d’une molécule du bonheur, mais elle y contribue en « permettant d’éviter le malheur ». Parmi celles qu’on qualifie de « molécules du bonheur », on retrouve :

  1. La dopamine
  2. La sérotonine
  3. L’ocytocine
  4. Les endorphines
  5. L’enképhaline

Sans aller trop dans les détails, voyons ces différents neurotransmetteurs.

  1. La dopamine

On la nomme parfois « l’hormone de la récompense » ou « l’hormone de l’action ». Elle procure une sensation de plaisir et de satisfaction. Elle neutralise les hormones de la détresse comme le cortisol. Elle permet de libérer de l’énergie lorsque nous sommes sur le point de satisfaire un besoin vital. L’alcool et plusieurs drogues font libérer de la dopamine, ce qui nous donne envie d’en consommer. C’est ainsi que se produit l’addiction.

La dopamine est un neurotransmetteur, car elle facilite le passage des signaux nerveux entre les neurones, qui sont les cellules nerveuses. Elle est produite par l’hypothalamus, qui est une structure du système nerveux central dans le cerveau.

La dopamine nous pousse à avancer, mais en excès, elle pousse à prendre des risques, alors qu’en déficit, elle rend léthargique et peut créer des troubles du mouvement, comme dans la maladie de Parkinson. La figure suivante montre la structure moléculaire de la dopamine :

2. La sérotonine

La sérotonine est « l’hormone du respect » et de la prédominance sociale. Elle provoque une sensation de sécurité. La sérotonine nous procure une sensation agréable lorsque nous sommes en présence d’autres individus qui ne sous semblent pas menaçants.

Cette hormone est un neurotransmetteur fabriqué dans les neurones du tronc cérébral situé sous le cerveau, mais aussi dans des neurones des intestins. C’est pourquoi on entend parfois que les intestins sont notre « deuxième cerveau ».

La sérotonine agit comme un euphorisant. Il est connu que les gens en dépression en ont un déficit important. Il est aussi reconnu que l’activité physique en favorise la sécrétion. La figure suivante montre la structure moléculaire de la sérotonine :

3. L’ocytocine

L’ocytocine est parfois appelée « l’hormone de l’amour », car elle crée un sentiment de sécurité et de confiance. Sa sécrétion est stimulée par le toucher, les massages et les câlins. C’est d’ailleurs une hormone qui est libérée dans l’organisme lors de l’allaitement maternel.

La sécrétion de l’ocytocine se passe dans la glande hypophyse, tout comme plusieurs autres hormones. L’ocytocine afflue lors du travail d’accouchement, ce qui contribue au sentiment d’attachement. Le niveau de cette hormone augmente également dans le cerveau du nouveau-né pour assurer un attachement solide, maximisant la survie.

Dans certaines situations, cette hormone peut induire des comportements violents, par exemple pour la défense du groupe (agressivité défensive).

La figure suivante montre la structure moléculaire de l’ocytocine. On voit que cette molécule est beaucoup plus complexe que les précédentes. La composition chimique de cette hormone est identique chez tous les mammifères.

4. Les endorphines

Le terme endorphine vient des mots « morphine » et « endogène », ce qui signifie une morphine faite par notre organisme. On parle d’endorphines au pluriel, car il s’agit d’une famille de composés.

Les endorphines contribuent au bonheur en évitant ou diminuant la douleur, qui est une sensation limitant le bonheur. Tout en réduisant la souffrance, elles provoquent un sentiment de bien-être et d’euphorie, ce qui diminue le stress et l’anxiété.

Les endorphines sont bien connues des sportifs, car elles sont stimulées par l’effort physique. Leur concentration peut être multipliée par dix lors d’activités physiques. Elles permettent aux sportifs d’atteindre un état de plaisir particulier. Mais ces molécules sont rapidement dégradées, donc leur effet est court.

On conseille souvent aux personnes un peu déprimées de faire de l’exercice intense au moins trente minutes par jour, ce qui libère suffisamment d’endorphines pour les aider à se détendre. On sait aussi que le rire produit de l’endorphine. La figure suivante montre la structure moléculaire de la bêta-endorphine :

5. L’enképhaline

L’enképhaline est un neurotransmetteur qui inhibe la propagation de messages douloureux jusqu’au cerveau. Elle a donc un effet analgésique, ce qui s’apparente aux endorphines et à la morphine.

L’enképhaline est libérée par des neurones lors d’une sensation trop douloureuse. Mais elle n’est pas spécifique à la douleur; elle intervient dans la production de dopamine, donc contribue à l’intensité du plaisir procuré par la dopamine. La figure suivante montre la structure moléculaire de l’enképhaline:

Exemple concret

Afin d’illustrer l’importance des molécules dont nous venons de parler dans notre bonheur, voici un exemple tiré de la vie courante. Une personne est en train de pelleter de la terre pour aménager un potager au soleil par une journée chaude. Il vient un moment où la personne ressent un besoin de boire. En fait l’hypothalamus envoie un message désagréable pour alarmer l’organisme afin qu’il satisfasse un besoin vital, puisque la déshydratation des cellules aura des conséquences graves.

La personne sait qu’en buvant, la mauvaise sensation disparaîtra et voit l’eau comme un plaisir, une récompense. Elle trouve alors l’énergie pour amener son travail à une étape où elle pourra s’abreuver. Dès qu’elle commence à boire, elle ressent un plaisir et une grande satisfaction, grâce à la dopamine, mais aussi à la sérotonine, dont la sécrétion a été facilitée par l’effort physique.

Au même moment arrive chez elle un grand ami, avec qui elle décide de partager une bière. L’alcool augmente encore la sécrétion de dopamine, donc le plaisir, alors que la présence amicale libère de l’ocytocine. De plus, l’effort physique a stimulé la sécrétion d’endorphines et d’enképhaline, donc inhibe les douleurs articulaires et la fatigue.

Il n’en faut pas plus pour que la personne vive un état de plaisir et de détente, qu’on pourrait qualifier de bonheur.

Conclusion

On a vu comment les composantes du bonheur (amour, plaisir et bien-être) sont reliées à la biochimie. Toute une série de molécules interagissent ensemble continuellement pour nous amener à poser des gestes, entreprendre des projets, éviter des dangers et des souffrances, tout en nous procurant du plaisir et de la satisfaction.

On sait aussi que certaines personnes ont des déficits de certaines hormones, ce qui les empêche d’accéder à des états de bonheur. Mais on connait des moyens de stimuler la sécrétion de plusieurs « molécules du bonheur », même ce n’est pas toujours suffisant, cela pourrait parfois contribuer à en procurer un peu.

Il est vraiment impressionnant de réaliser que notre organisme arrive à synthétiser des molécules complexes, en quantité et aux moments opportuns, pour nous permettre de fonctionner et de survivre à toutes sortes de situations, durant toute notre vie. Mais on voit aussi que c’est un équilibre précaire qui, lorsqu’il est rompu, peut conduire à la dépression et à toutes sortes de problèmes physiques et psychologiques.

Finalement, voici un tableau synthèse des molécules dont il y a été question dans le présent article, afin de donner une vue d’ensemble simplifiée :

Tableau synthèse des molécules du bonheur

Bertrand Dubreuil, 23 mai 2021

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